04.10.2008
Crise financière : On nous a vendu de la poudre aux yeux
Les dix dernières années ont été celles de l’euphorie marchande et du triomphe apparent de l’idéologie néolibérale décomplexée.

Ceux qui mettaient en garde l’opinion des risques d’éclatement étaient renvoyés d’un revers de main à leurs chères études. François Morin (pas Hervé !) entre autres avec « le nouveau mur de l’argent » (seuil 2006), Nouriel Rubini (qui avait alerté dès 2006 les autorités fédérales américaines sur le danger des subprimes) et même François Bayrou pendant sa campagne n’étaient considérés que comme des Cassandre mal embouchés qui venaient troubler la fête. Il fallait faire taire ces messagers de mauvais augures qui osaient remettre en cause cette main invisible du marché qui allait conduire les peuples vers la prospérité et autoréguler naturellement les déficiences de nos vieilles économies.
L’Etat devait s’effacer en tout et partout. Les mots d’ordre étaient déréglementation, fluidification, désengagement de l’Etat. L’orthodoxie ultralibérale nous exhibait alors les visages rayonnants de ces golden boys audacieux et de ces génies de la finance moderne qui inventaient chaque jour toujours plus de produits et mécanismes complexes. Le contraste était saisissant avec ces tristes agents de l’Etat qu’on présentait toujours dépassés, anachroniques, et attentistes.

Le mirage de l’enrichissement exponentiel et généralisé faisait recette. Le bling bling s’affichait ! On nous abreuvait d’exemple et d’études censées illustrer les vertus d’un système qui en enrichissant toujours plus vite les plus audacieux et les plus aisés finirait (un jour) par profiter inéluctablement à tous. C’était d’ailleurs le fondement du programme de l’UMP dès 2005 : Christine Lagarde s’enorgueillissait même de le rappeler à la tribune de l’assemblée, il y a un an. L’objectif était de réconcilier les français avec l’argent:
Souvenons-nous de son harangue de l’époque lorsqu’elle anticipait les pensées de son maître :
« Il n’y a rien de honteux à vouloir gagner davantage d’argent. Cessons d’être aussi pudiques sur un
désir qui rejoint bien souvent celui du groupe. (…) Ce qui importe, aujourd’hui, c’est de se battre pour s’imposer soi-même, et non pas de lutter contres les autres. «
Et ce qui suivait est encore plus énorme lorsqu’elle en appelle à la culture RnB :
« Demandez aux jeunes, y compris et surtout ceux des quartiers difficiles : un riche, dans leur esprit, ce n’est plus un rentier exploiteur, c’est bien souvent un entrepreneur qui a réussi. Pour eux, l’argent n’est plus synonyme d’injustice, mais d’espoir. Nos jeunes, ils n’ont pas envie de renverser l’ordre des choses, ils ont envie de s’y afférer. Cet état d’esprit est bien reflété par la nouvelle tendance du rap et du R’n’B contemporains. Je vous invite à disséquer ces paroles. Vous y trouverez une vision de la société que ne renierait pas notre gouvernement, où créativité individuelle et solidarité collective sont intimement liées. Que la jeunesse de notre pays ait une telle envie de réussir, de "crier victoire", c'est, pour nous, le plus bel encouragement à poursuivre notre tâche. »
C’était le temps, révolu désormais, de l’ultra-libéralisme débridé…
Mais, les temps changent vite et les postures aussi pour la Sarkozie. Septembre 2008 et son avalanche de faillites et de « nationalisations » américaines de temples de l’économie libérale a bouleversé la donne et les discours du pouvoir.
07:59 Publié dans bourse finance | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bling bling, golden boys, lagarde, argent, faillites |
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