23.10.2008
Incroyable : Trois bombes ont explosé à Wall street le 17 octobre

Une hallucinante révélation parue vendredi dans le Financial Times n’a pas été relayée en France par les grands media :
Andrew Lahde était, jusqu’au mois dernier, un gérant de fonds spéculatifs basé à Santa Monica, en Californie. En 2007, il faisait l’admiration de tout Wall Street pour avoir réalisé des taux de retour sur investissement de 1000% à ses clients !!! Si, si, vous avez bien lu : 1000% (« Andrew Lahde : Le directeur de fonds spéculatif avec un 1000% de retour », Portfolio.com du 26 novembre 2007) . Ses fonds spéculaient en fait sur les défauts d'hypothèque de subprimes aux États-Unis (« avoir un Lahde », blog d’Alphaville sur le site du Financial Times du 18 octobre 2008).
.En septembre 2008, Lahde a fermé ses fonds, indiquant à ses investisseurs que les problèmes de crédit - la base de son profit - étaient susceptibles de continuer, mais que la possibilité de faillite des contreparties (en clair les banques qui détenaient les titres) était trop haute.
Coup de tonnerre vendredi dernier. Lahde rend publique une lettre de remerciements sarcastiques à tous ceux qui ont participé à sa fortune et à celle de ses clients . Le Financial Times la publie d’abord et elle est reprise par tous les media financiers outre atlantique (« Lahde stoppe ses hedgefunds, et remercie des idiots pour son succès », Bloomberg.com du 17 octobre 2008).
Sa diatribe est une triple bombe pour Wall Street.

Bombe sociologique : En effet, Lahde par cette missive, nous instruit tous sur le bénéfice qu’il a su tirer des « idiots » contre lesquels il pariait. Lahde lance ainsi un pavé dans la mare financière en se répandant en sarcasmes sur la stupidité d’un univers qu’il méprise copieusement. Vengeur, il lâche alors toute l’amertume accumulée durant ses jeunes années pendant lesquelles il s’est senti exclu n’ayant ni les relations ni les ascendants qui lui auraient permis de prétendre, comme eux, sans forcer à une place au soleil de la haute finance. Fort de sa réussite, il n’a que plus de facilité à décrire une caste trop prévisible, sans imagination, sans réflexion, qui s’est engouffrée par pur mimétisme dans un engrenage vicié : celui des prêts hypothécaires.
D’une part, il communique sa vision vécue de l’intérieur d’un « capitalisme ayant fonctionné pendant deux cents années : « Les périodes changent, et les systèmes deviennent corrompus. »
Après tout, Lahde, cynique, n’a fait qu’exploiter avant l’heure la bêtise des financiers en pariant sur le fait qu’ils allaient y laisser leur slip. Et c’est ce qu’il advint !
« Ce que j’ai appris du business des hedge funds, c’est que je le hais » écrit-il. « Je ne pourrais partager davantage cet avis. Les fruits pendants, c’est-à-dire ces idiots dont les parents ont payé la prépa, Yale et le MBA d’Harvard étaient à ramasser. Ces gens qui étaient la plupart du temps indignes de l’éducation qu’ils ont (supposément) reçue se sont élevés jusqu’aux sommets de firmes comme AIG, Bear Stearns et Lehman Brothers et à tous les niveaux du gouvernement. Toutes ces choses qui soutiennent cette aristocratie n’ont abouti qu’à rendre plus facile pour moi de trouver des gens assez bêtes pour être de l’autre côté de mes transactions. Dieu bénisse l’Amérique ».
Bombe financière : Parce qu’au-delà des couplets acrimonieux et du réquisitoire un peu tardif contre un système dont il s’est goinfré, Lahde divulgue la rapacité, la fringale irréfléchie et l’endogamie propres au capitalisme financier. « je laisse à d’autres d’amasser des fortunes à neuf, dix ou onze chiffres. Les agendas remplis à craquer pour trois mois, ils attendent leurs deux semaines de vacances de janvier pendant lesquelles ils resteront collés à leurs Blackberries ou d’autres trucs dans le genre. Mais c’est quoi l’idée ? Tous seront oubliés dans cinquante ans. Balancez les Blackberries et profitez de la vie ».
Naïvement, il plaide même pour qu’un Georges Soros « engage et finance un forum pour que les grands esprits participent enfin à créer un nouveau système de gouvernement qui représente vraiment l'intérêt de l'homme du peuple »

.
Bombe sectorielle enfin contre les firmes pharmaceutiques : Il profite de la portée qu’il pressent de son adresse, en demandant de légaliser le chanvre et la marijuana, s’appuyant sur le fait que chanvre est utilisé depuis au moins 5.000 ans pour le tissu et la nourriture, et donc tout aussi légitime qu’environ tout ce qui est produit à partir des produits pétroliers, et devrait participer, à ses yeux, d’États-Unis « vraiment devenus autosuffisants ». Enfin, il provoque l’industrie pharmaceutique en mentionnant que « la marijuana est seulement maintenue illégale seulement parce que « l'Amérique des géants pharmaceutiques, qui possède en fait le congrès, préfère vous vendre les Paxil, Zoloft, Xanax et autres drogues provoquant une dépendance, que de vous permettre de cultiver une plante risquant de faire fondre leur magot. »
Alors, gamin cynique désabusé par son génie ?
Navrant exemple d’un monde financier qui part en vrille ?
Ou gourou tardivement auto-proclamé des financiers repentis ?
Pourtant les bombes ont bien explosé et ce document restera dans les annales d’une financiarisation excessivement débridée mais agonisante !
N.B. : Voir également sur le sujet, le seul blog français qui relate l’explosion, celui de l’économiste Frédéric Lordon, ICI (repris, il est vrai par betapolitique).
06:40 Publié dans bourse finance | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : crise financière, andrew lahde, subprimes |
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Commentaires
Il y a quelque chose de profond ici : la mondialisation de la communication (nouvelles, systèmes d'information) conduit à un comportement grégaire de tous les décideurs ; la personne assez mauvaise coucheuse pour détester le troupeau peut faire des gros profits dans l'espace ainsi déserté.
Il y a du honteux quand ce super-riche déjà retraité invite les travailleurs à profiter de la vie.
Il y a quelque chose de pénible, c'est le blanc sur noir. Vite, alcibiades, revenez à un fond clair, mes yeux souffrent !
Ecrit par : FrédéricLN | 23.10.2008
Article passionnant, merci!
Ecrit par : Nelly | 23.10.2008
Très bel article
Ecrit par : Claudio Pirrone | 23.10.2008
C'est vrai vous avez raison. Personne en France (sauf M. Lordon) n'a relayé l'info :
Sur google news:
- en France les 2 références citées : http://news.google.fr/news?hl=fr&um=1&ie=UTF-8&tab=wn&q=%22andrew+lahde%22&scoring=n
- des centaines d'articles dans la presse et les sites anglo-saxons : http://news.google.fr/news?hl=fr&um=1&ie=UTF-8&tab=wn&scoring=n&q=%22andrew+lahde%22&nolr=1
Merci donc!
Ecrit par : Mamie Blue | 23.10.2008
Merci à tous pour vos commentaire.
@FrédéricLN : Désolé Frédéric, nous avons adopté ce fond pour des raisons écologiques en fait puisque l'écran noir permet d'économiser la consommation énergétique de vos ordi. Mais si vraiment c'est insoutenable... nous trouverons une autre solution.
Nous avons tenu à faire ce billet pour insister sur 2 points :
- le vide sidéral des grands media concernant certains rebondissements sur les grands sujets d'actualité à l'international. Et cette lettre de Andrew Lahde, croyez nous, fera date!
- Pour insister sur les propos d'un praticien qui a connu le systeme de l'intérieur et l'a parfaitement compris et utilisé à ses fins. Sa lettre d'adieux est choquante mais elle a aussi un relent pathétique pour son auteur, pour les victimes de la criser, pour le milieu financier... et pour les lobbies pharmaceutiques!
Ecrit par : Alcibiade | 23.10.2008
J'ai lu la lettre intégrale sur le FT que vous mettez en lien. Il ne dit pas que des anneries cet >Andrew Lahde.
- sur l'endogamie de l'aristocratie financière.
- sur la rapacité des acteurs du marché
- sur les mensonges des géants pharmaceutiques.
Ecrit par : flo | 23.10.2008
En un sens, on pourrait presque penser qu'Andrew Lahde a voulu prouver le ridicule de Wall Street et qu'il y est parvenu tout en faisant fortune au dépend précisément des moutons de Wall Street...
Ecrit par : Anne | 23.10.2008
@ Anne : La preuve par l'absurde! Mais le jeu, lucratif, et cynique d'un Lahde a contribué à l'écroulement des banques et à la pression que celles-ci ont exercé sur les ménages américains qui avaient bénéficié des crédits hypothécaires pour acheter leur maison.
alors ange ou démon?...
Ecrit par : mike | 23.10.2008
@mike :
Oui un triple malaise à la lecture de ce post. Rage, Rire et pleurs... On ne sait qu'en penser... et on peut s'interroger sur le but recherché par ce tout jeune (- de 30 ans a priori) millionnaire et ses excès de style.
Ecrit par : flo | 23.10.2008
Le FT est-il lui aussi toombé si bas ?
J'étais, il y a quelques années un lecteur assidu du Financial Times.Pour qu’il en arrive à publier un brulot aussi mievre et inutile, c’est bien que tout s’effondre.
Un journal, sérieux selon moi et qui était prestigieux, qui relaye un texte sans queue ni tete, montrant au grand jour l'idiotie de ceux qui jouent avec le pognon qu'ils n'ont pas.... personne n'a besoin de ça en ce moment!
c’est affligeant et je comprends que les media français n'aient pas relayé!!!!
Moi, j’y ai vu un argumentaire d’adolescent heureux de dire qu’il va tout plaquer pour faire pousser des pieds de Ganja ! Et, en plus, il pense que c’est THE solution mondiale. Alors je comprend mieux pourquoi on fonce droit dans le mur !
Ecrit par : Dylan is Dylan | 23.10.2008
Ca y est! On commence à en parler!
http://www.legrandsoir.info/spip.php?article7307
Ecrit par : Si ça commence à sortir | 23.10.2008
C'est dingue ça! Dylan voudrait sans doute que les grands media nous bassinent seulement sur les frasques d'un DSK, les parrures portées par les ministres lors des galas et les vacances de notre sauveur suprême?
Ecrit par : Dingue ça! | 23.10.2008
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