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Intox

  • La Maskirovska, un procédé remis au goût du jour en France

    Lors de notre note de rentrée (ici) nous vous indiquions que nous avions emporté avec nous un certain nombre de « Devoirs de vacances ». Parmi ceux-ci- figurait au programme un manuel d’histoire contemporaine et nous avions à rendre notre copie notamment sur le sujet suivant :

    « Quelles furent les méthodes de propagande et de bluff les plus perfectionnées mises au point depuis la seconde guerre mondiale ? »

    Nous avons planché longtemps sur les techniques politiques, militaires, ou pratiquées par les services de contre espionnage de nombreux régimes avant de redécouvrir le procédé systématique utilisé par les soviétiques durant notamment toute la guerre froide dans le bloc de l’est : La maskirovska ou "Maskirovka" suivant les auteurs.

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     Le KGB était, en effet passé maître dans cette technique que l’on peut traduire approximativement par un mélange d’écran de fumé, de campagne d’intox et de déminage idéologique pré opérationnel.

    Car la maskirovska est un jeu subtil et qui va bien au-delà de la simple mystification. Il s’agit en effet d’une tactique très élaborée qui doit absolument se décliner sur plusieurs niveaux avec pour chacun un lien évident vers un nouvelle hypothèse que l’on laisse percevoir à l’adversaire et qui, au final, convaincra non seulement les observateurs neutres mais également l’ennemi que le joueur n’a surtout pas l’intention de faire ce qu’il va pourtant faire.

    Imaginons ainsi un homme politique n’ayant d’autre but que de conquérir le pouvoir pour le pouvoir, d’être en quelque sorte calife à la place du calife. Oh, vous nous direz, ils veulent tous le pouvoir. Oui mais c’est souvent pour l’exercer au service d’une cause, d’une vision d’un idéal. Imaginons donc ce candidat dépourvu de tout idéal. Il ne croit à rien. Il n’a aucune grande cause qui lui tienne à cœur en dehors de lui. Il doit absolument convaincre ses alliés mais aussi l’électorat qu’il a un grand dessein. Il doit instiller dans la population que ce qu’il veut faire, personne ne l’a tenté jusqu’à présent. Ainsi, si le seul but du pouvoir  pour lui c’est d’enfin côtoyer les grands de ce monde, de pouvoir s’attacher les faveurs des grands capitaines d’industries, d’octroyer aux puissants des avantages qu’aucun autre politique digne de ce nom n’oserait envisager, alors il faut amener l’électorat à penser que tout le peuple mérite plus qu’il n’a. Que s’il n’a pas plus c’est qu’ON lui interdit de l’acquérir par son mérite, par son travail.  Mais l’art de la maskirovska ne s’arrête pas là car il y un risque qu’une population trompée depuis des lustres, un électorat écoeuré par la vie publique nauséabonde et une situation économique désastreuse n’adhèrent pas sur une simple assertion.

    Alors vient le deuxième élément nécessaire au bluff : désigner des ennemis à la vindicte populaire, trouver des boucs émissaires de plus en plus nombreux si possible qu’on aura soin d’assimiler peu à peu à une immense coalition de tous ceux qui nuisent au peuple et à son bonheur. Mais il faut aussi pouvoir assimiler chacun des actes de cette cohorte de l’ombre à des ennemis irréductibles du candidat en question précisément parce que lui veut faire bouger les choses. Ainsi pour poursuivre le point précédent, il faudra que tous ceux auxquels on promet d’acquérir plus, si besoin en travaillant plus puissent peu à peu clairement identifier les fautifs, les responsables de leur situation personnelle : ceux qui ne travaillent pas et depuis longtemps car « quand on veut on peut ! », ceux qui gaspillent l’argent de la communauté parce qu’ils occupent une fonction non directement productive, pourquoi pas ceux qui, acquis aux idées subversives de mai 68, diffusent honteusement  le laxisme et génèrent la paresse ? Et puis, plus c’est gros, plus ça passe : ces lointains banquiers de la BCE (qui rappelons le sont fonctionnaires européens… vous avez dit fonctionnaires ?…) qui appauvrissent, bon sang mais c’est bien sûr, les ménagères en gardant à la monnaie sa valeur. Mais le cœur d’une maskirovska réside dans l’ordonnancement du dispositif et le planning à suivre pour que tous ceux qui ont peu à peu entendu ce discours s’en persuadent et deviennent des supporters.

    C’est alors qu’intervient le troisième élément indispensable. A défaut de penser ( le calife putatif a horreur des théories intellectuelles et des idéaux) il faut des actes. Oh pas de grandes manœuvres ! Non des piqûres.  Des provocations qui feront sortir du bois ces ennemis de l’intérieur à désigner comme complices de tous les maux du pays. Chaque action ne doit pourtant pas être conçue à la légère. Il faut que chacune d’elles soit préparée sur un thème précis capable d’émouvoir de surprendre et si possible sur des dossiers très différents pour chacune. Il faut multiplier ces gestes, ces actions pour que loin de sembler faiblir devant les réactions qu’elles pourraient entraîner, ce calife en herbe encore, puisse apparaître aux yeux de tous comme quelqu’un qui ne cesse d’agir même si chaque action, chaque provocation n’a que peu d’intérêt pour le bien public. Alors il faut bouger, s’agiter. Sans cesse, sans répit, pour que peu à peu les lumières de l’actualité montre que l’homme se dépense. Bouger encore et quelques fois foncer brutalement, parler crûment, s’emporter même pour se faire craindre des quelques valets qui n’auraient pas encore compris que bientôt ils seront à sa botte. Bouger toujours sans se soucier des conséquences humaines au contraire puisque alors les détracteurs ne manqueront pas de s’offusquer et qu’on les renverra dans les cordes. Ainsi on peut s’attaquer officiellement à tous ceux qui, au contraire des « braves gens », trafiquent, dealent, et sans prendre de gant même justifier les bavures, les excès de ceux qui traquent les « racailles ». On peut sans hésiter parler comme la rue et vouloir « nettoyer au Karcher » les cités difficiles. On peut même sans vergogne assimiler ceux qui viendraient en pleine campagne électorale émettre des réserves quant aux méthodes répressives utilisées à « des irresponsables faisant le jeu et se plaçant du coté des voyous ». C’est autant de points marqués.

    Mais surtout, et c’est là que réside la force de la maskirovska, il faut au préalable avoir préparé en amont l’opinion à l’ignoble but que chercheraient à atteindre ceux qui protesteront ou réagiront à ces piqûres. Prévoir des « écrans du fumées » qui sèment le trouble dans le jugement populaire. D’abord et avant tout être prêt à dire tout et son contraire bien entendu. Mais aussi à ne pas hésiter à dire au préalable qu’on n’est pas là pour faire dans la dentelle au vu de la situation qui réclame de l’audace voir de la hargne, bref, une « culture de la gagne à tout prix ». Comment alors pourrait se développer une contradiction sérieuse surtout si on peut en plus masquer la faiblesse des résultats obtenus ?  Pour qu’une maskirovska prenne il faut lancer constamment de nouveaux chantiers sans aller jusqu’à en terminer certains, faire de la communication à outrance surtout pour masquer au plus grand nombre possible ce qui se prépare bientôt. Même au risque de blesser, il faut communiquer, communiquer, toujours et encore, partout, tout le temps et si possible provoquer la réaction car pendant que les gens réagissent à vif ils ne prennent pas garde à ce qui est en route sur un autre front. Les analystes se perdent, les journalistes ont du mal à tout suivre et ne s’attachent plus qu’à la forme. Il faut ainsi à notre candidat modèle ne pas hésiter à prétendre qu’il « fera tout ce qu’il a dit ». Il a dit qu’il allait « réconcilier les français avec le mérite » et bien il faut que les gens méritent leurs salaires, finis les acquis qu’importent les raisons qui les avaient imposés ! Il a dit qu’il fallait « travailler plus », il n’a pas dit qu’il voulait que plus de gens travaillent… il faudra donc accepter (et pas choisir) de travailler plus. Il a dit qu’il fallait réduire la fonction publique… alors sabre au clair que diable ! Que peut-on lui reprocher, il avait prévenu. Pas besoin de s’excuser, exit quelque repentance que ce soit puisque tout a déjà été justifié a priori. D’un autre coté, il convient de laisser se développer des détracteurs outranciers, on ne pourra que mieux  assimiler leurs attaques déplacées avec ceux qui pourraient raisonnablement s’opposer. Qu’importe si quelques excités clament et vocifèrent « au fachisme ! » « dictateur », on pourra encore plus facilement se victimiser.

    Voilà, le tableau simplifié d’une maskirovska est dressé. Cela vous rappelle quelque chose ?

    Un exemple récent de Maskirovska : La capture de Saddam Hussein (voir ici) 

    Résumé de la recette

    La maskirovska peut être utiliseée pour conquérir le pouvoir donc les ingrédients sont les suivants :

    - Un culot à toute épreuve.

    - Un cynisme sans limite.

    - Apparaître l’opposé parfait de ce que l'on est en réalité.

    - Intervenir sur tous les fronts possibles pour brouiller toute analyse rationnelle qui pourrait être tentée.

    - Prévoir toujours un ou deux coups d’avance les réactions.

    - Anticiper et déminer à l’avance les pièges des adversaires, les questions des enquéteurs, les réactions de l'opinion.

    - Pouvoir vibrionner suffisamment pour que même l’adversaire perde ses marques.

    - Et surtout, surtout, ne rien résoudre car un peuple satisfait n’est pas demandeur de mouvement et la maskirovska c’est avant tout du mouvement perpétuel.

    Mais la maskirovska peut aussi être employée pour exercer le pouvoir, et sur cela, nous sommes certains que nous aurons maintes fois l’occasion de revenir… A suivre donc.