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bisounours

  • La responsabilité politique ne s'improvise pas

     Q. Delmas tirée du Blog d'Hervé Torchet jour pour jour.jpg

    Jeter l'éponge n'est jamais chose facile. Lorsqu'une jeune responsable, vouée jusque là à une rapide autant que prometteuse ascension, le fait à l'issue de ce qui paraît véritablement être une introspection honnête, une touchante confession, Le Monde (en manque de coups tordus?...) a voulu n'y voir qu'une manifestation amère d'une divergence avec sa formation politique. Il s'agit d'une intox ou d'une pure invention journalistique lorsque l'interessée a justement préféré refuser la voie facile qui aurait pu s'offrir à elle lors des européennes doutant de pouvoir exercer la fonction comme elle l'espérait.

     

    L'exercice d'une responsabilité élective en politique n'est ni une sinécure ni une décision personnelle de vie qui souffre la plaisanterie.

     

    Représenter la Nation ou ses administrés ne s'improvise pas. Comme toute activité, cela s'apprend, se construit. Le régime actuel avait voulu nous faire oublier cette notion en propulsant au gouvernement des femmes ou des hommes qu'on pouvait penser (souvent à tort) volontaires et pleins de bonnes intentions mais qui n'avaient ni les qualités ni les aptitudes pour cela.

     

    Ce n'est pas un hasard si des carrières politiques des de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac et même Sarkozy  se sont patiemment construites; d'abord sur leurs terres respectives ou dans les cabinets durant de nombreuses années avant de pouvoir prétendre à la magistrature suprême. Il en est de même pour chaque étape intermédiaire de la vie publique.

     

    C'est un métier! Oui, un métier! A durée déterminée ce qui est démocratique et juste, puisque soumis au suffrage des citoyens, mais un métier tout de même. Et tant mieux! Si, du jour au lendemain, on pouvait sans aucune formation préalable (attention, nous n'écrivons pas diplôme! Il y a des autodidactes en politiques qui valent autrement mieux par leurs efforts que les plus carriéristes des apparatchiks!), être porté à une fonction élective de premier plan, c'est que l'électorat céderait alors au populisme le plus dangereux. Certains d'entre nous, par exemple, ont suivi avec trop d'effroi l'aventure polonaise d'un affairiste, Stanislaw Tyminski (qui a bien faillit faire chuter Lech Walęsa lors de l'élection présidentielle de 1990 après avoir évincé un vrai démocrate Tadeusz Mazowieski) pour oublier ce risque majeur de confier une charge électorale à quelqu'un qui n'a aucune légitimité antérieure ou expérience.

     

    D'aucuns nous objecteront, sans prendre le temps de vérifier, l'exemple de Barack Obama. C'est oublier qu'il est "entré en politique" depuis plus de quinze ans et avait précédemment participé plus qu'activement à la première campagne de Bill Clinton. Il n'a donc rien, malgré son jeune âge, d'un débutant ou du novice qu'on voudrait trop souvent opposer à la lente maturation chez nous du personnel politique.

     

    Outre les compétences, le métier politique exige aussi un caractère trempé capable de résister aux attaques personnelles, de porter les aspirations souvent contradictoires de tous ceux qu'on représente et de subir parfois la défaite ou la frustrations sans jamais baisser les bras.

     

    A l'heure où le Mouvement Démocrate se lance dans la campagne électorale des européennes, Le Monde sous-entendait donc hier, des déceptions personnelles quant aux désignations des têtes de listes aux européennes. Ce grand journal croyait pouvoir prétendre: "La déception est au rendez-vous. Ainsi, une des figures de la "blogosphère" démocrate,... symbole de la relève issue de la campagne présidentielle, a-t-elle quitté le mouvement, regrettant un "gâchis".

     

     

    Pourtant c'est un tout autre message que délivre l'intéressée sur son blog.

    Elle avoue ses doutes d'avoir les moyens de poursuivre son action par une candidature mais n'évoque pas ce "gâchis" comme voudrait le laisser penser le quotidien du soir :

     

    "Pourquoi une jeune femme, passionnée de l'action citoyenne et politique refuse-t-elle d'être élue, d'exercer un mandat, des responsabilités ?

    Parce qu'elle a peur. Oui. De se perdre. De perdre l'essence même de son engagement. J'ai vu tellement d'élus changer, se perdre.

    Peur de mentir aussi. A moi d'abord, aux autres. Peur de demander à d'autres citoyens de voter pour moi alors que je sais que je n'avais pas les leviers d'actions nécessaires pour accomplir ma mission. Personne ne les a en vrai. Notre élite n'a rien vu venir, n'a pas anticipé, ils sont tous en train de courir derrière un monde devenu fou.

    Je refuse de faire des promesses que je ne pourrai tenir."

     

     

    Nous ne connaissons que très peu Madame Delmas, mais nous avons souvent visité son blog et suivi ses nombreuses actions militantes et connaissons tout ce que les adhérents les plus récents à l'UDF et au MoDem lui doivent de confiance en l'engagement. Aussi, nous nous en tiendrons à ses écrits qui sans aucune amertume font simplement part de ses doutes personnels de pouvoir remplir une fonction élective efficacement.

     

    Nous sommes, bien entendu, réservés dès lors, sur ses prétentions antérieures lors des désignations officielles pour les législatives de 2007… mais nous voulons bien volontier lui reconnaître finalement  une clairvoyance très honorable quant à ses capacités personnelles ou sa détermination à surmonter à tout prix (contrairement à d'autres, plus arrivistes) les obstacles pour briguer une fonction qu'elle estime aujourd'hui inutile pour l'intérêt public.

     

    Loin de reprocher au MoDem ou à son président une quelconque responsabilité, elle va même jusqu'à souhaiter :

     

    "que le Modem fasse un excellent score car je connais son attachement sincère à l'Europe."

     

     

    Nous n'osons imaginer, comme le fait Le Monde, une quelconque duplicité suite à une déception de carrière , chez cette jeune femme qui parle tout simplement avec franchise dans son billet très personnel de "peur", d'"amour" et d'"idéaux" et qui ne manque pas de préciser "Je salue le combat de François Bayrou et des adhérents courageux du Mouvement démocrate qui luttent sans merci pour offrir à la France le pluralisme et la diversité nécessaires à une autre vision pour la France. Ils sont mes compagnons de route"

     

    Enfin, nous sommes bien placés pour abonder dans son sens lorsqu'elle déclare en revanche ne plus vouloir "être séparée par des querelles d'étiquettes des forces libres d'autres sphères. Les cartes des partis ne représentent rien pour moi, je n'en veux plus, seuls les gens comptent. Nous sommes tellement nombreux à la base de ces mouvements à vouloir travailler ensemble. "

     

    Nous retiendrons son titre de billet ( "Je ne veux pas changer la règle du jeu, je veux changer de jeu" André Breton) qui indique clairement sa volonté désormais d'œuvrer dans une autre sphère que celle de la politique active.

     

    Elle ne croit plus en la possibilité de changer le système de l'intérieur. Nous avons fait le constat inverse pour ce qui nous concerne et sommes restés dans nos formations politiques respectives.

     

    Toutes les grandes personnalités de l'Histoire, Gandhi, Mandela, Kennedy, qui ont fait changé l'ordre établi pour le faire évoluer vers plus de Démocratie et de Justice et même précisément Obama, aujourd'hui, qui semble avoir cet objectif, tous ont un jour, même accablés par les difficultés qui s'annonçaient, ces interrogations et ont fait également le choix de se servir du système pour faire triompher leurs idéaux. C'est donc notre véritable désaccord avec Quitterie.

     

    "Seule, je serai broyée. Comme les autres (les chantres du non cumul, les amoureux de la 6ème République, tous vaincus, terrassés par le système). Changer le système de l'intérieur, je n'y crois pas. Je n'y crois plus. Plus on se débat à l'intérieur, plus on le renforce. C'est l'histoire de l'opposition d'aujourd'hui. C'est fou.

    Donc changer de voie. Décrocher. Penser différemment, sortir du cadre.

    Se donner les moyens de faire de la politique comme nous le voulons. Se donner les moyens de construire l'alternative. Se donner les moyens de la transition que seuls nous pouvons prendre en charge. Ca n'existe pas ? Très bien, inventons !"

     

    Nous suivrons de près donc ses futurs pas hors du "cadre" et serions les premiers à l'encourager et à soutenir ses initiatives si dans l'avenir elle inventait effectivement une alternative solide.

     

    Quitterie Delmas n'était manifestement pas heureuse jusqu'ici en politique. Elle a fait un choix. Nous lui souhaitons tout le bonheur et la réussite espérés désormais!

     

    Pour le reste, les supporters, voir les fans de Quitterie (comme les chroniqueurs en mal de croustillant) sont nombreux, surtout sur le web. Ils auraient tort de faire injure à ses conclusions sauf à vouloir, au fond, faire le jeu des adversaires des Démocrates. Il y a du panache à admettre publiquement, ainsi qu'elle l'a fait, sa "peur" de ne pouvoir mener à bien son combat, comme elle l'avait d'abord imaginé. Il y a du respect à manifester quand une femme ou un homme livre ainsi son impuissance actuelle à affronter les obstacles de la vie publique.

     

    L'imiter, pour tous ceux qui l'ont accompagnée jusqu'ici, serait un terrible aveu d'impuissance ou une preuve d'immaturité collective exploités à coup sur par tous ceux qui, au pouvoir, dans les pouvoirs, souhaitent finalement que les rares individus encore debout se couchent.

     

    Ce serait surtout,  agir en simples "groupies" sur le coup de l'émotion sans comprendre la profondeur de ses propos très personnels. Ce serait, pour tous ceux-là,  reconnaître leur méconnaissance et leur naïveté devant la somme d'abnégation personnelle, d'opiniâtreté, d'efforts sur soi-même, d'énergies et de renoncements (familiaux par exemple) nécessaires pour accepter de s'engager dans les fonctions électives.

     

    Ce serait enfin laisser libre cours à ceux qui n'ont voulu voir dans la création du Mouvement Démocrate qu'un amas hétérogène de doux rêveurs, de gentils bisounours et d'idéalistes fragiles rompant leurs vœux de résistants aux premiers frimas.